
Bonjour,
Il y a chez les profs, comme partout ailleurs, des fainéants. Je m'adresse à ceux-ci en leur donnant l'occasion d'un contre argumentaire, sinon à tout épreuve, au moins évitant
les écueils les plus probables, cela entièrement gratuitement sans aucun effort de préparation... (attention, une note d'humour sarcastique s'est peut-être glissé dans le texte). Je vous invite,
vous qui avez l'habitude de réagir au quart de tour, d'insérer ci-après vos bonnes idées pour enrichir l'argumentaire.
Je ne suis bien évidemment pas prof (qui l'eut cru !)! Du coup, je me sens beaucoup plus libre pour en parler ! Et puis, comme j'ai vu que certains faisaient passer leur vision de la chose, je me
suis dit : Pourquoi pas moi ! (pour toute critique, je reçois les parents qui désirent me voir le soir de la remise des bulletins ainsi que la veille de chaque congé)
Contre argumentaire à l'usage des professeurs.
Suite à la fausse-proposition-vraie-réflexion de Madame la Ministre de l'enseignement obligatoire de la Communauté Française de Belgique Marie-Domique Simonet (le titre mégalong, ça en jette !), concernant une augmentation potentielle de l'horaire obligatoire des professeurs de 20 à 22h et de 22h à 24h. Remous !
Les enseignants de tous bords sont montés au créneau, non comme en 40, mais presque comme en 96, avec arrêt de travail et plus à venir. Mais j'y reviendrai. Et donc, naturellement, les médias en
parlent, et tout chacun aussi. Lui pense que les profs ceci - elle pense que non, et chacun y va de sa petite pensée ; surtout chez ceux qui ont des enfants, la plupart des autres n'en ayant rien
à foutre.
Tiens donc. Analyse.
Evitons fautes, raccourcis, suppositions extrapolées, imaginaire projeté et autres fantasmes délurés... (ou pas, c'est si drôle de faire de la politique de bas étage (qui a dit bas de
plafond?))
Avant de me lapider, je précise que je ne suis pas pour que les profs travaillent plus ou moins : je m'en fous comme de mon premier banc d'école... Ce qui m'intéresse c'est qu'un prof fasse son
boulot pour éduquer et transmettre savoir et savoir faire à la jeunesse d'aujourd'hui ; de leur inculquer l'envie d'apprendre et de construire dans le respect de chacun et pour un monde meilleur
! (Je sais, je divague). Bref, j'aimerais qu'ils fassent bien leur boulot et donc que leur cadre y soit propice.
L'éducation est la clé du développement d'un pays. C'est le meilleur et plus rentable investissement à long terme pour un peuple. Tout le monde sait ça, mais curieusement on l'oublie subitement
quand on devient ministre (ou parlementaire de la majorité).
1. Il vaut mieux éviter de prendre la mouche !
Il (ne) s'agit (que) d'une réflexion du ministère. Rien de réel, pas de planning. Tout ce stress pour "juste" une idée, le fait de gonfler tout ça pourrait laisser à penser que vous ne voudriez
pas mettre la main à la pâte pour relever le pays de la crise. Attention, certains pourraient trouver que cette emballement soudain est suspect... Je comprends l'inquiétude, mais je trouve cela
relativement exagéré vu que les responsables syndicaux sont en ce moment à la table des négociations... Bon, c'est bien de donner le ton, mais faudrait pas commencer à venir brûler des voitures
et casser des vitrines. C'est bien trop tôt !
2.Ne parlons pas des sales banques plein de parachutistes en or qui ont causé tout ceci.
Remettre la cause de ces économies sur la table et s'en offusquer ne résoudra rien. L'objectif de la ministre est de boucler son budget... Elle n'a pas décidé d'avoir insuffisamment de fonds,
n'est pas responsable de la crise et du manque de moyen.
Il y a dix ans, c'était autre chose... Il y a vingt ans encore autre chose. Je présage que dans 10
ans, la prochaine réforme aura aussi une cause, tout aussi déprimante et tout aussi dévastatrice ! Je ne suis pas fataliste, mais se plaindre d'une chose passée n'a jamais aidé à construire le
futur. Par contre, si vous avez des bonnes idées pour remplir les caisses de l'Etat ou mieux dépenser/disposer de l'argent, dites-le ! C'est toujours bon à prendre. Proposez par exemple d'arrêter
d'autres dépenses que celle de l'enseignement. Les artistes, par exemple, ceux qui n'ont déjà rien pour vivre. Ou les éducateurs, qui sont encore plus mal payés que les profs... Enfin, de
xxx_bonnes idées !
3. Arrêtons de mal compter. Et arrêtons de compter tout court, quand on aime on ne compte pas (ou alors on compte tout !)
Finalement, puisqu'on aime les maths, calculons... Un prof dans le public qui preste 22h, preste en réalité 3h39 de moins qu'un prof qui presterait 22h dans le privé. En effet, le temps change :
dans le privé, une heure, c'est 60 minutes, pour seulement 50 dans le public. A supposer qu'un employé dans le privé travaille le même nombre de jours qu'un prof, 40 semaines à la grosse louche,
cela ferait 6 jours de plus par an pour le prof du privé au même horaire hebdomadaire.
Vous comprendrez qu'on ne doit pas compter comme ça :
Tout d'abord, les heures prestées en classe ne sont pas les seules heures de boulot. Arrêtons de nous baser sur ça, c'est à cause de ça que les jeunes cadres dynamiques qui font 60h par semaine
ne comprennent pas vos complaintes.
Un tout jeune prof met jusqu'à deux heures à préparer une heure de classe ; un prof mûr (un vieux) continue a avoir des préparations pour mettre ses cours à jour, ainsi qu'une chiée de
corrections... Sans parler des heures supplémentaires jamais comptées et pourtant prestées : Les heures de cours + les prépas et les corrections (bricolages compris) + Les heures de surveillance
de la récréation et du dîner + la garderie du matin et/ou du soir + les fancy-fairs + les réunions de parents + les soupers aux moules + les délibés + repeindre voire reconstruire la classe + Les
classes vertes, de neige, de ville + les excursions + les championnats inter-écoles + l'organisation du jeu des dictionnaires (mais c'est plus rare), etc. etc. Donc, 20h semaine, c'est un peu
réducteur. L'un d'entre vous à déjà fait le total ?
On peut aussi compter d'une autre manière : 50 minutes de cours donné = 50 minutes de travail effectif : pas de pauses café, pas de rêveries, pas de réflexion sur soi-même, pas d'établissement de
la liste de course, pas de check des mails privés, pas de papote avec Jocelyne de la comptabilité, pas de drague au département Marketing ou HR, pas question d'aller en griller une avec Thierry,
ni d'aller faire caca ! Jamais pendant les 22 x 50 minutes prestées, en tout cas ! A part peut-être un prof de gym qui envoie ses élèves courir autour des deux ponts de Huy, hein !, les autres
doivent encadrer, expliquer, surveiller, ré-expliquer, s'énerver, rire (ouf!), pleurer (parfois), raconter, passionner, inviter, regarder, écouter, écrire, chanter, dessiner, se concentrer et
faire se concentrer une jeunesse décadente (et je sais de quoi je parle, j'en faisais partie !)... C'est donc du full-time job pour les heures comptées.
4.
N'opposons pas le salaire de misère en réponse au reproche des congés !
Continuons dans les maths : sachant que dans le privé, un employé a en moyenne 22 jours de congé. Un professeur reçoit lui, jours fériés légaux et weekend non inclus, 4 jours à la Toussaint, 8
jours à Noël, 5 jours à carnaval, 9 jours à Pâques, et 38 jours pendant les "grandes vacances". Pour un total de 64 jours ! Waw ! : j'ai envie de dire... Mais NON. Ce n'est pas comme ça que ça se
passe.
D'abord, les 38 jours des grandes vacances, c'est pas des vacances. Ce sont des congés sans solde. Y a pas si longtemps, les vieux profs s'en souviennent, ils étaient payés 10 mois par an. Ils
ont deux mois de plus maintenant ? Non plus ! Merci de suivre. Aujourd'hui, ils ont l'équivalent de 10 mois étalé sur 12. Ca permet de faire un budget plus facilement, mais pas de faire plus
d'argent. Merci d'en tenir compte dans les calculs.
Donc, ça ne fait plus que 26 jours de congés payés. C'est autrement moins. Et pas très loin des 22 jours. Sachant qu'un employé de banque ou un fonctionnaire classique a généralement plus de 30
jours, ça réduit nettement le côté suuuuper avantageux du "oui mais vous, vous avez plein de congés!", a fortiori quand on a pas le choix des dates de vacances qui tombent TOUJOURS dans les
périodes les plus chères pour partir... Et on a pas encore parlé du salaire. D'ailleurs, on en parlera pas :
5. Ne parlons pas d'argent, ça ne se fait pas.
Des pommes et des oranges, on dirait en anglais. En Français, ce serait plutôt des pommes et des poires. Quand je discute revenus avec un plombier, un médecin ou un fonctionnaire européen, je
suis assez horrifié de voir combien je gagne : Des clopinettes ! Mais je ne peux pas forcément comparer de manière objective mon salaire net, déjà taxé, avec ma garantie de chômage si je perds
mon travail, avec mon assurance santé, hospitalisation et groupe, ni parler de congés, ni même remboursement des frais de transport, les chèques-repas, les voitures de société, les voyages, les
cheques cadeaux et autres avantages en nature... Parce qu'on compare pas avec des indépendants ou des gens non-taxés qui n'ont aucun avantages semblables, ne commencez pas à parler de salaire
avec quelqu'un du privé : Vous n'en sortirez pas !!!
On vous sortirait rapidement l'idée du boulot "à vie" : On est toujours nommé dans l'enseignement, cher fonctionnaire-indéboulonnable... (et on vous ressortirait les vacances scolaires voir point
4, ou les fin de journées à 15h35 voir point 3.). Pas la peine de dire qu'un prof n'a d'autre ambition que d'être prof, ce n'est juste que trop réducteur : Le monde de l'enseignement regorge
d'intéressantes perspectives d'avenir, malheureusement limitées au statut de... statutaire : une fonction demande un diplôme... Allons-y ! Un doctorat, et après la thèse, hop ! Une chaire de
professeur à l'université machin. Quelle belle promotion. Pardon ? Ce n'est pas de l'enseignement obligatoire ? Juste... Je m'égare. Bref, sous-directeur, directeur, préfet de discipline : 3
promotions par quart de siècle pour 100 profs potentiels. C'est vrai que c'est pire que dans le privé !!!
6. Ne faisons pas d'arrêt de travail, de grève ou de manifestations : ça ne sert à rien (pour l'instant).
Je vous avais promis de reparler de 1996, l'année ou je n'ai rien appris si ce n'est que faire des manifestations ne sert à rien : Quand l'état est exsangue, il ne paye plus. Et donc, nos manifs,
c'était drôle, mais on s'est quand même retrouvés à 30 par classe l'année suivante. Et c'est pas faute d'avoir gueulé.
Les arrêts de travail : Comment ça se passe ? Prenons une école secondaire classique : dans la grande salle des profs, à 10h45, tous les profs se rassemble, et Phillipe et Julie (pas la grosse,
la prof de géo), tous deux représentants syndicaux (un rouch, un vert), expliquent à tous leurs collègues sauf à Louise et Jean-Luc qui en ont rien à foutre, ni à Mademoiselle Belet et Noémie qui
surveillent les élèves, la situation et l'avenir peu enviable que leur prépare cette 12ème ministre de l'enseignement en 15 ans (j'ai pas compté, hein). Après Christian Ducont, on a
Marie-Dominique Tamère qui veulent tous nous faire travailler plus. (oups, je me laisse aller, là)... Prenons, une école primaire classique : Pas d'arrêt de travail, on doit garder les enfants.
En maternelle, n'en parlons pas. Mais surtout : Ca énerve les parents !!!
Que faire ? En parler, expliquer le pourquoi et ne pas se mettre les parents à dos ! Envoyer des émissaires, pendant que les autres garde les élèves, demander de l'aide et impliquer les parents :
l'opinion publique, celle qui vote, c'est elle qu'il faut utiliser. Mais pas trop tôt : sinon, on fait 4 mois de grève, sans donner cours et ça fait chier le directeur/sous-directeur/éducateurs
et ça fait chier les parents et... ça ne donne aucun résultat. (refrain: ) c'était biiiiennn, c'était choueeeetteuh... (en rapport avec Onkelinx et cette excellente chanson de Dave, pour les
béotiens). Parents-partenaires ! (Cahier 48 de la farde de l'animateur scout)
7. On va pas nous virer, donc pas de calculs savants entre 24 et 22h sur combien ça fera...
(je cite) d'un mauvais article :
"Prenons 100.000 enseignants (C'est à peu près ça en communauté française.)
Supposons que comme le sous-entend notre ministre ils travaillent tous 22h au lieu de 24h.
On change la donne et tout le monde bosse 24h semaine.
100.000 profs x 2 heures en plus = 200.000 heures de travail.
200.000 heures divisées par 24h/prof = 8333 profs qu'on peut foutre à la porte puisque ce sont les 92.000 autres qui font leur piquer leurs heures.
Voilà ce que veut notre ministre : Pas faire travailler plus les gens en place mais bien virer +- 8000 profs pour économiser leur salaire.
8000 profs en moins ça fera augmenter encore le nombre d'élèves par classe et par conséquent ne pourra que diminuer la qualité du boulot que ces fainéants de profs essayent de faire avec VOS
enfants !"
Donc non, pas du tout. On va pas passer de 22 à 24 heures en une fois et partout. Matériellement, ce n'est pas possible. Ce sera donc par étapes. Les horaires seront adaptés. Et surtout, on va
pas virer des profs. D'autant que le savant qui vient de calculer a nié trois importantes variables : La taille des classe, La localisation des écoles et la spécialité des profs. Non, les 8
heures qui restent pour le cours de chimie en Poésie et en Rhétorique (5A et 6C) de l'institut Saint Joseph à Gembloux ne pourront pas être données par le même prof d'art dramatique de la 5TQ qui
donne déjà Français et Latin en 3C et Plomberie en 7P. Faut pas déconner, hein. Et celui qui me dit qu'il y a 6h de Chimie en 3B à Saint Louis à Liège et 10h à Don Bosco à Chimay aurait du
écouter au cours de Géo :/ !
Et dans à l'école Primaire et Gardienne (oups, on doit dire Maternelle...), on va faire rester les enfants plus longtemps ?
Bref, vous êtes peut-être dans la merde, mais ne vous trompez pas d'argument parce que ça ne vous en sortira pas, et en plus vous passerez pour un fainéant.
Alors, toi aussi, participe au "Contre argumentaire à l'usage des professeurs." Donne vite tes idées ci-après !
Tout ça ne regarde que moi, mais vous voilà prévenu.
A bon entendeur,
J.F.